Processus de vieillissement

Dans des conditions naturelles, soit dans un environnement excluant des résidents, les lacs évoluent au rythme des mécanismes naturels affectant son bassin versant. Graduellement, sur des centaines voire des milliers d’années, le bassin versant sera lessivé par les précipitations. Ce lessivage entraînera dans le lac des sédiments, de la matière organique et des composés en solution : fer, aluminium, carbone organique dissous, éléments nutritifs, etc.

Un bel exemple est le lessivage de l’aluminium provenant des sols du bassin versant en raison des précipitations acides. L’aluminium entraîné dans l’eau du lac sous forme soluble tend alors à former des accrétions dans les branchies des poissons. Il s’agit d’une réaction qui s’établit de part et d’autre de la membrane de la branchie entre l’aluminium et le sang qui passe dans les branchies pour se faire oxygéner. Dans certains cas il peut s’en suivre un décès par asphyxie.  Dans les Laurentides le phénomène est accentué par la nature acide de la géologie qui n’est pas favorable à la neutralisation des eaux de pluie acide.

En conditions normales donc les lacs vieillissent graduellement sur des milliers d’années. Les sédiments s’accumulent au fond des lacs et diminuent graduellement la profondeur du lac. Lorsque la profondeur du lac permet à la lumière d’atteindre le fond, il s’ensuit une stimulation du développement des plantes aquatiques. Le lac se retrouve alors en phase terminale et devient graduellement une tourbière. Le plus bel exemple de ce processus est celui du Lac-à-la-Tortue en Mauricie. Évidemment moins le lac original est profond, plus vite se fera le développement d’une tourbière. Le processus est encore plus rapide lorsque le lac est fait un étang.

L’arrivée de villégiateurs autour d’un lac peut constituer un accélérateur de ce processus pour les raisons suivantes :

  • Une mauvaise gestion des sols lors des travaux de construction d’une nouvelle résidence,
  • L’aménagement de pentes propices à l’érosion des sols en favorisant des écoulements linéaires,
  • Une installation septique défectueuse (résurgence en surface des terrains des eaux grises et noires),
  • Un déboisement excessif limitant l’effet tampon des branches et des feuilles sur l’intensité des gouttelettes d’eau de pluie sur le sol,
  • L’ajout d’engrais minérales ou organiques (compost) sur les terrains,
  • La dispersion de cendres sur le terrain ou sur le chemin de contour,
  • L’imperméabilisation de surfaces (asphalte),
  • Le durcissement de la rive (pierres, muret de béton) causant l’érosion des sédiments en avant des rives,
  • L’absence d’une bande riveraine adéquate (favoriser l’écoulement des eaux de ruissellement à l’horizontale et non en écoulement linéaire),
  • Une mauvaise conduite de son embarcation motorisée favorisant l’érosion des berges et des sédiments,
  • L’usage d’une embarcation générant des vagues surdimensionnées provoquant un rééquilibrage du profil des rives,
  • Le passage d’embarcations dans des herbiers aquatiques (propagation des plantes par bouturage).

Ce ne sont là que quelques-unes des raisons connues et susceptibles d’accélérer le vieillissement des lacs.

Il est cependant possible pour un riverain écoresponsable de porter des actions susceptibles de limiter les impacts de sa présence et d’ainsi participer à sa protection.

Des actions simples

Le premier geste à poser consiste à éviter à tout prix d’épandre des engrais sur son terrain, que ces engrais soient organiques, biologiques ou minéraux, car il est inévitable que ces engrais se retrouvent un jour ou l’autre dans le lac et participent à stimuler la croissance des algues dans l’eau. Ces algues finissent par se sédimenter au fond du lac et participent ainsi au colmatage graduel du lac. De plus, lorsque les apports en éléments nutritifs sont importants, ils peuvent causer le développement d’algues toxiques tels que les fameuses cyanobactéries. Ces dernières ont la propriété d’être des algues et des bactéries simultanément.

Le second geste significatif à poser pour un riverain écoresponsable est de limiter les apports en sédiments au lac. La raison est simple, les éléments nutritifs, et en particulier le phosphore, voyagent en étant adsorbés (pas absorber, mais bien adsorber) aux particules de sols. Chaque fois que nous permettons aux particules de sols de quitter notre terrain pour atteindre le lac nous contribuons à son vieillissement. Pour limiter ces apports, il faut contenir les aires de sols dénudés, recouvrir d’une toile les tas de terres en attendant de les utiliser, circonscrire physiquement nos plates-bandes et jardins, éviter autant que possible le durcissement de surfaces de notre terrain (dalles- patio, asphaltage), et si c’est le cas, exiger de notre entrepreneur paysager qu’il contrôle l’érosion des déblais et remblais lors d’un chantier sur son terrain (recouvrement d’une toile ou clôture en toile disposée tout autour du chantier).

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Un troisième geste à poser consiste, lorsque c’est possible (pente de terrain favorable), à assurer la diffusion des eaux de ruissellement de son terrain dans la bande riveraine. Cette dernière ne peut jouer un rôle significatif si les écoulements des eaux sont canalisés lors de leur passage dans la bande riveraine. Pour qu’elles soient efficaces, les bandes riveraines doivent recevoir les eaux en écoulement horizontal (nappe). Lorsque la situation topographique d’un terrain ne permet pas d’assurer un écoulement en nappe dans la bande riveraine, il est suggéré de canaliser les eaux de ruissellement vers un bassin de sédimentation, qui peut être aménagé sous forme d’un jardin de pluie avec des plantes. Par la suite les eaux clarifiées peuvent retourner au lac.

 

Figure 1 : Aménagement d’un jardin de pluie.

 

Tiré de : L’aménagement paysager chez soi – Guide canadien (SCHL-CMHC, 2004).

Il est inévitable que le développement de résidences autour d’un lac ait un impact sur son vieillissement. Cependant par une planification adéquate de l’aménagement de son terrain il est possible de réduire considérablement cet impact. La protection des sols, des cours d’eau tributaires et de la végétation est d’une haute importance pour y arriver.

De tout temps, les Québécois ont entretenu une histoire d’amour avec les camps, les chalets et l’arrière-pays. C’est comme une sorte de continuum entre notre passé de coureurs des bois du début de la Nouvelle France. C’est ce qui explique qu’il y aurait plus de 200 000 chalets et camps au Québec.  Cependant avec le temps notre présence est devenue de plus en plus intrusive autour des lacs au point de devenir des facteurs réels de leur dépérissement accéléré. Il n’en tient qu’à nous d’adopter des comportements responsables, qui sont somme toute assez simples et exigent que de minimes compromis de notre part.

 

LACS ET CHALETS

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