UN PEU D’HISTOIRE

Depuis une quinzaine d’années, la qualité de l’eau de nos lacs est devenue un sujet majeur de préoccupation pour les propriétaires riverains. Cette préoccupation s’est même récemment accentuée avec l’arrivée massive des baby-boomers qui convertissent leurs résidences, autrefois saisonnières, en résidences permanentes.

À tort ou à raison, les résidents et villégiateurs autour des lacs sont inquiets, car la très grande majorité de ces résidences ne sont pas branchées à des infrastructures municipales de traitement des eaux usées résidentielles.

Mentionnons que les riverains ne sont pas les seuls à ne pas être branchés à de telles infrastructures. Au moins 3 millions de Québécois ne sont pas branchés à un système de traitement municipal de leurs eaux usées, et doivent eux-mêmes en assumer le traitement via différentes technologies.

Nous reviendrons dans un prochain article sur les différentes technologies disponibles au Québec.

Il a longtemps été de coutume au Québec, en guise de traitement des eaux usées des résidences secondaires, de tout simplement creuser un trou dans le sol, d’en stabiliser les parois avec toutes sortes de matériaux (blocs de béton, troncs d’arbres, poutres de rails de chemins de fer, etc.), et d’y vidanger les eaux usées produites par les occupants des chalets. Les volumes d’eau à traiter étaient alors bien différents de ce quels sont aujourd’hui, car il y a deux décennies l’occupation des chalets était de beaucoup moindre qu’aujourd’hui, et il était rare d’y trouver un lave-vaisselle ou une machine à laver le linge.

Lorsqu’au bout d’un certain temps le trou dans le sol finissait par être rempli de boues organiques ou de sols en raison de l’affaissement des parois, il arrivait malheureusement que des riverains, au lieu de creuser un nouveau trou (que l’on appelle aujourd’hui un puits d’absorption) dans le sol, bricolassent un renvoi des liquides directement au lac et dans les cours d’eau.

Cette situation a conduit à une réelle dégradation microbiologique de plusieurs lacs et a entraîné dans certains cas des risques réels pour la santé des riverains et des villégiateurs. Aussi le gouvernement du Québec a-t-il exigé, surtout vers la fin des années 80, que les nouvelles résidences, même isolées, soient équipées d’un système de traitement de leurs eaux usées.

Dès lors, des installations dites septiques ce sont multipliées autour des lacs et des plans d’eau. Le système de traitement mis en place, et qui constitue encore aujourd’hui le système privilégié, consiste dans un premier temps à vidanger les eaux usées dans une fosse dans le but de ramasser les boues et d’en permettre la dégradation sur place (dégradation anaérobique). Puis, dans un deuxième temps, de faire s’écouler par gravité les liquides vers un système de tuyaux percés, déployés à l’horizontale, de manière à faciliter l’écoulement vertical dans le sol, c’est ce qu’on appelle le champ d’épuration (voir figure).

Comme le champ d’épuration exige beaucoup de surface de terrain et un sol propice à l’égouttement vertical (sol sablonneux), plusieurs terrains autour des lacs ne pouvaient recevoir de résidences faute de pouvoir permettre l’installation de tels systèmes de traitement des eaux usées résidentielles. Il s’en est suivi le développement de nouvelles technologies de traitement des eaux usées pour permettre à ces terrains initialement impropres à la construction de recevoir dorénavant des chalets. Ces développements ont permis à plusieurs compagnies québécoises de mettre au point de nouvelles technologies. Une véritable industrie s’est alors mise en place.

 

LES INSTALLATIONS SEPTIQUES SAUVENT-ELLES LES LACS ?

D’abord il est utile de mentionner que deux éléments surtout sont en cause dans la détérioration de la qualité d’eau des lacs: les coliformes et le phosphore. Le premier constitue un risque réel pour la santé publique, alors que le second est un risque tout aussi réel, mais pour la santé du lac (eutrophisation, cyanobactéries, etc.).

COLIFORMES

En ce qui concerne les coliformes le seul vrai risque est celui associé à une vidange directe dans un lac. Cette situation, si on se fie aux inventaires disponibles réalisés dans les dernières années par les municipalités et les MRC demeure marginale. On parle en effet de plus ou moins 1 % des résidences inventoriées. Cette situation n’est pas vraiment inquiétante, car dès lors que les champs d’épuration se colmatent les liquides resurgissent, pour ne pas dire régurgitent, en surface des terrains ce qui les rend inutilisables pratiquement. Il s’ensuit généralement une réfection des champs d’épuration à court terme. Personne n’a intérêt à marcher dans ces liquides poisseux.

Puisque les coliformes ne se reproduisent pas à l’air libre et encore moins sous le soleil en raison de la photolyse, la présence de coliformes dans les eaux d’un lac est nécessairement associée à une source continue. L’arrêt des rejets directs dans les eaux des lacs suffit généralement à mettre fin à la présence de coliformes d’origine humaine dans les eaux des lacs.

Ce qui n’exclut pas la présence de coliformes d’origine animale, souvent la source la plus importante de contamination des eaux riveraines. C’est d’ailleurs pour cette raison qu’il n’est pas recommandé de nourrir des canards sur les lacs. D’autres sources importantes sont associées aux milieux humides où prennent souvent place des familles de castors et de loutres de rivières. Deux gros producteurs de matières fécales.

http://www.lacsetchalets.com/article/peut-on-boire-leau-dun-lac

Le sol naturel est pourvu de bactéries suffisamment efficaces pour généralement dégrader les coliformes fécaux. C’est pour cette raison que les puits d’absorption (trou dans le sol) étaient et demeurent de très bons systèmes de traitement là où le puits n’était évidemment pas dans la nappe phréatique. Il en est de même pour les eaux rejetées par le champ d’épuration. C’est le sol naturel situé sous les tuyaux qui fait le travail. Mère nature fait bien les choses. À partir du moment où les champs d’épuration se drainent bien dans le sol, le système naturel du sol fait tout le travail de traitement. Que le système soit conforme ou non (ne pas confondre avec polluant ou non) la santé des baigneurs n’est pas en danger et encore moins celle du lac.

PHOSPHORE 

En ce qui concerne le phosphore, principal stimulant de la production des algues, dont les cyanobactéries, la situation est différente. Dans la fosse septique, donc avant le champ d’épuration, les concentrations en phosphore peuvent atteindre des concentrations de 6 000 à 7 000 ug/l. Il est utile de mentionner qu’il faut éviter que les concentrations en phosphore mesurées dans nos lacs n’atteignent 20 ug/l. Il s’agit d’un seuil au-delà duquel la production de phytoplancton tel que les cyanobactéries prend des proportions alarmantes.

Donc les liquides qui sortent de la fosse et qui se dirigent vers les champs d’épuration sont dopés en phosphore et le champ d’épuration, tel que conçu actuellement, ne traite pas le phosphore. En effet, sans entrer dans les détails, disons que le sol utilisé par les entrepreneurs pour construire les champs d’épuration est souvent dépourvu de fer et d’aluminium, seuls éléments capables d’adsorber le phosphore et de l’immobiliser définitivement.

En effet les sols du Québec, extraits dans les 25 premiers centimètres de la surface, ont la capacité d’adsorber 3 gr de phosphore par kg de sols. C’est beaucoup. Comme les sols utilisés par nos entrepreneurs utilisent des sols de sablières prélevés dans la partie inférieure des sols, ces sols n’ont pratiquement aucune capacité de traitement du phosphore. On peut donc dire que nos systèmes de traitement (fosse septique-champ d’épuration) ne traitent pas le phosphore.

Ce sont les sols naturels des terrains riverains qui font le travail. Au rythme d’un adsorption de 3 gr par kg de sols, il y a évidemment danger de saturation des sols avec le temps.

Il n’y a qu’une seule étude hydrogéologique à notre connaissance au Québec concernant les installations septiques versus les lacs. Elle est disponible ici:

Art. tech 38-43 v1

 

 

RECOMMANDATIONS

Dans ce contexte LACS ET CHALETS fait deux recommandations :

  • Assurez-vous que le sol situé entre votre champ d’épuration et la rive du lac ou d’un tributaire menant au lac, n’est pas saturé en phosphore.
  • Lors d’un aménagement d’un champ d’épuration, assurez-vous que le sol drainant sous le système de tuyauterie percée provient de la partie supérieure des sablières-gravières.

LACS ET CHALETS

 

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